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8 février 2010

La FSU en congrès à Lille : discours de Gérard ASCHIERi

Après les votes des syndiqués en novembre/décembre 2009, les congrès départementaux en janvier, c’était le tour du 6ème congrès national de la FSU à Lille où, pendant une semaine, furent discutés, amendés et votés les textes, orientations, statuts et actions qui seront mis en oeuvre durant les 3 prochaines années.

Nous vous communiquons le discours d’ouverture de Gérard ASCHIERI, secrétaire général de la FSU dont c’était le dernier mandat.

Cher-e-s Camarades,

Permettez-moi de commencer mon propos en évoquant le drame qui, il y a un peu plus de quinze jours, a frappé Haïti.

J’ai été comme vous tous touché douloureusement par l’ampleur de ce désastre qui implique que nous exercions sans attendre et sans barguigner notre devoir de Solidarité. Est présent à notre congrès, Dominique THYS, le Président de Solidarité Laïque dont la FSU est membre, et je veux dire devant lui combien cette organisation a su réagir avec promptitude pour faire face à ce drame et que je me félicite que la FSU ait pu, à sa mesure, relayer ses initiatives et y apporter sa contribution. Mais les dimensions de ce désastre humain nécessitent que les syndicalistes que nous sommes réfléchissent sur les conséquences du sous-développement, des injustices dans le partage des richesses produites entre pays, des pratiques néocoloniales, des remises en cause des droits humains fondamentaux et de l’absence ou de la faiblesse des services publics qui ont sans nul doute une lourde responsabilité dans l’amplification du bilan humain de cette catastrophe et dans ces scènes de désolation et de désorganisation que les télévisions nous montrent à l’envi.

Et au-delà de l’élan de solidarité auquel nombre d’entre nous ont participé, alors que la question de la reconstruction d’Haïti se pose, nous avons peut être des choses à dire sur la manière et les principes qui doivent la guider. Tout comme nous devons voir dans ce désastre une raison de plus de poursuivre et améliorer nos engagements internationaux pour la défense des droits, pour la justice, pour la paix et pour la solidarité.

Nous devons bien voir en effet qu’au plan international et au plan de notre pays c’est la même politique qui sévit et qui provoque des désastres humains : la recherche du profit maximum plutôt qu’une juste redistribution des richesses et le souci des hommes et de la terre, le libre marché, la concurrence libre et non faussée plutôt que les solidarités, les droits, les services publics ou l’éducation, la loi de l’argent plutôt que l’éthique et le respect de l’Homme. C’est certes un phénomène naturel qui a ravagé Haïti mais combien de vies ont coûté la misère, le laisser-faire, la concurrence qui y sévissaient et y sévissent encore ?

De la même manière la question de la lutte contre le réchauffement climatique et pour le développement durable sont indissociables d’une lutte résolue pour la justice économique et sociale (c’est justement l’objet du thème 3).

Et si nous luttons pour une autre Europe, si nous n’acceptons pas celle qu’on nous impose au déni de la démocratie, ce n’est pas parce que nous refusons la construction d’un ensemble nouveau mais parce qu’il se construit sur ces bases catastrophiques. Je ne vais pas énumérer les autres luttes au plan international mais je tiens à dire combien est important pour moi et pour nous notre engagement pour une paix juste et durable en Palestine parce que le respect du droit international, la justice et la paix sont essentiels pour une organisation syndicale.

Après ce rappel, je vais donc en venir à notre pays ; je ne serai pas exhaustif car les débats de notre congrès vont permettre de traiter de la plupart des questions mais je voudrais simplement montrer le sens de ce qui s’y passe en l’illustrant de quelques exemples.

Il y a trois ans notre Congrès s’ouvrait à la veille des élections présidentielles qui allaient voir la victoire de Nicolas Sarkozy et la mise en œuvre d’une politique de régression sociale qui a confirmé toutes nos craintes : la tentative de casse de ce que certains appellent le « modèle social français » mais que je préfère appeler les instruments de solidarité et de cohésion, de justice et de progrès de notre société, cette tentative n’était pas nouvelle mais a atteint une intensité rarement connue et surtout une accélération significative – je ne vais pas en énumérer les exemples : le rapport d’activité soumis au vote des syndiqués, le faisait - Cette politique est toujours là à l’ouverture de ce congrès, sans inflexion fondamentale.

Mais notre congrès 2010 s’ouvre aussi au beau milieu d’une crise financière économique, sociale et environnementale d’une ampleur exceptionnelle dont les prémices se faisaient sentir et qui a explosé il y a deux ans. Elle met pleinement en lumière les ravages d’un fonctionnement économique et social fondé sur la recherche du profit financier à tout prix et sur un partage de plus en plus inégalitaire des richesses produites entre travail et capital. Les ravages sociaux et humains de cette crise sont considérables. Les menaces sur l’avenir de notre planète le sont tout autant. Et pourtant en dépit d’un changement spectaculaire de discours et de quelques inflexions ponctuelles, aucun changement de fond des politiques conduites, notamment en France : bien au contraire l’affirmation sans cesse martelée de la nécessité de poursuivre ce qui est appelé « réformes » mais qui est en réalité un ensemble relativement cohérent de régressions. C’est ainsi que d’un côté on nous explique que la France a moins souffert de la crise grâce à son système de protection sociale et à ses services publics et que de l’autre on met en avant la nécessité impérieuse d’économies pour s’attaquer à ces mêmes « amortisseurs » que l’on vante tant. C’est ainsi que l’on ne cesse d’invoquer et de déplorer l’endettement de la France et que, refusant de revenir sur des décisions en matière fiscale qui appauvrissent l’Etat et les Collectivités tout en accroissant les inégalités, on rajoute de l’endettement à travers un grand emprunt dont on prétend compenser le coût en taillant encore plus dans les dépenses des services publics : on crée ainsi un cercle vicieux dont sont victimes d’abord ceux qui ont le plus besoin de ces services publics. C’est ainsi que l’on s’émeut sur le stress voire les suicides au travail tout en poursuivant des politiques de management et surtout de profit à tout prix qui en sont la cause, de politique sur les droits des salariés et sur le travail et son contenu. C’est ainsi que l’on dénonce les abus du capitalisme financier et que dans les services publics censés défendre l’intérêt général et de lutter contre les inégalités on privilégie la concurrence entre les services et les individus, voire le recours au privé.

Il ne suffit pas d’aller à Davos faire la leçon aux banquiers, il faut changer de politique et en particulier de politique concernant la répartition des richesses produites. Il y a une semaine le Président de la République à la télévision répondait quasi mécaniquement aux questions et aux cas qui lui étaient soumis par les mêmes leitmotiv : « travailler plus pour gagner plus », « la faute au 35 heures », « réduire les dépenses publiques ». J’ai même – je l’avoue – pensé à ces personnages de Molière qui répètent machinalement la même expression sans tenir compte d’une réalité qui lui éclate à la figure : « le poumon, vous dis-je ».

Le problème n’est pas seulement que ces réponses sont inadaptées comme les potions et les saignées des médecins de Molière, c’est qu’elles poursuivent des politiques et des orientations qui portent une responsabilité éminente dans la crise et qu’elles esquivent le débat sur les vraies réponses. C’est ainsi que jeudi dernier se tenait une conférence nationale sur les déficits publics : l’objet en était d’abord d’exercer une pression politique accrue pour réduire encore plus les moyens des services publics qu’ils soient d’Etat ou territoriaux et ceux de la protection sociale. Mais le même jour, un quotidien, Libération, chiffrait à 53 milliards le manque à gagner que constituent les diverses baisses d’impôts ou exonérations de charge : l’addition est sans doute discutable car elle ajoute des mesures qui sont de nature différente et ont des justifications diverses mais elle montre ce dont on ne débat jamais : ainsi le manque à gagner lié au bouclier fiscal correspond à peu près aux économies réalisées avec 30000 suppressions de postes de fonctionnaires, le manque à gagner de la baisse de la TVA dans la restauration est entre 3 et 4 fois supérieur ! Et le résultat c’est par exemple dans la Fonction publique non pas un échange emplois contre salaires mais bien un ni ni : ni salaires ni emplois. On pourrait peut être un jour se poser la question : qu’est ce qui est socialement et économiquement plus juste et plus efficace : recruter des enseignants ou des fonctionnaires ou baisser le taux de TVA ? C’est ce type de débat qui est en permanence esquivé et brouillé et nous avons selon moi la responsabilité de le poser.

Il en va de même pour les retraites : je trouve assez extraordinaire que la question soit abordée de la part de nos gouvernants et des medias en termes de courage, d’effort, de raison et jamais en termes de partage des richesses produites. Je trouve particulièrement significatif que l’on ne raisonne qu’en termes de ratio actifs/retraités ou que l’on se limite à parler de « solidarités entre générations » en oubliant d’une part le poids du chômage – voire en préconisant des mesures qui risquent d’accroître ce chômage – et d’autre part la productivité du travail mais aussi en esquivant les questions de justice sociale. Et quand on prétend nous faire croire qu’un effort sur la durée d’activité ou une remise en cause de l’âge de départ à la retraite est indispensable pour ne pas baisser le niveau des pensions, on prend bien soin de cacher la réalité qui est que ces dernières années l’allongement de la durée de cotisations a eu pour corollaire la baisse des pensions. Tout comme en matière d’emploi public la politique gouvernementale a produit à la fois une réduction de l’emploi et une baisse du pouvoir d’achat, ce qu’on nous prépare semble bien être une remise en cause – de fait ou de droit – de l’âge de 60 ans comme ouvrant le droit à la retraite et une baisse généralisée du niveau de pensions. Entendons nous bien : effectivement l’on vit plus vieux. Effectivement cela va coûter plus cher et une part plus importante des richesses produites devra y être consacrée mais on entre aussi plus tard dans la vie active, la précarité sévit également et cet ensemble implique bien que l’on traite la question de la production de ces richesses et de leur partage.

Nous le disions dans un communiqué joliment intitulé : Une réforme « big crunch » n’est pas la solution : si l’on veut maintenir le niveau de vie des retraités - actuels et futurs – il faut nécessairement accroître les moyens de financement des régimes de retraite. Les débats sur une réforme systémique ou sur l’âge de départ n’ont d’autre fonction que d’occulter cette réalité et de dissimuler le choix non assumé d’une baisse des pensions. Et je le dis avec force la FSU fera tout pour que les vrais débats ne soient pas esquivés.

Mais nous ne devons pas non plus nous laisser piéger par les discours gouvernementaux sur le consensus qui pourrait s’établir ni par les doutes savamment instillés laissant entendre que tel ou tel serait prêt à …. Il s’agit de préparer l’opinion à des choix présentés comme tellement inéluctables que seuls quelques farouches extrémistes campés sur les murailles ébréchées d’un passé révolu pourraient refuser et par la même d’esquiver le nécessaire débat. Plutôt que de tomber dans le soupçon, de rechercher qui est le traître nous devons sortir de ce piège et faire en sorte que toutes les hypothèses soient mises sur la table et débattues démocratiquement au fond et en toute transparence. Cela implique non seulement de bousculer le calendrier que l’on prétend nous imposer mais aussi de bousculer les pseudo évidences. Nous avons selon moi un double travail complémentaire, un travail pédagogique et un travail de mobilisation. Et je pense que notre congrès va devoir en discuter. Et ce sont des objectifs que nous pouvons proposer à nos partenaires de l’intersyndicale.

C’est d’autant plus nécessaire d’avoir de tels débats qu’en dépit de la pseudo embellie des derniers chiffres, le chômage est bien là et progresse de façon spectaculaire : la légère baisse affichée des demandeurs d’emploi de catégorie A (c’est à dire n’ayant eu aucune activité même partielle) ne saurait cacher la progression spectaculaire dont tout indique qu’elle va se poursuivre ; elle ne saurait non plus occulter que si l’on prend l’ensemble des catégories de demandeurs d’emploi, si l’on note l’accroissement des radiations et si l’on envisage les abandons liés au découragement, c’est bien d’une hausse du chômage qu’il s’agit. Et surtout – nous l’avons dit – ce sont un million de chômeurs qui vont arriver en fin de droits avec pour seule perspective les dispositifs de minima sociaux et de solidarité. Il faut bien mesurer ce qu’a de dramatique cette situation et les conséquences qu’elle peut avoir sur notre société surtout si elle se combine avec d’autres éléments comme la crise du logement social dénoncée encore aujourd’hui par la Fondation Abbé Pierre : il y a une vraie urgence sociale : il n’est pas possible de se contenter de dire « on va y penser… ». Il faut en débattre et poser là aussi la question des financements et celle des règles en vigueur. La FSU a avancé l’idée d’une « conférence nationale sociale » pour en traiter. Les 4 organisations de chômeurs nous ont écrit pour dire leur accord avec cette démarche mais parmi les organisations syndicales, seul Solidaires a répondu pour l’instant. Je profite de cette tribune pour renouveler avec force cet appel. Je ne prétends donner de leçon à personne mais notre représentativité de 1ère organisation à Pôle Emploi nous donne quelque légitimité à aborder cette question et à nous faire entendre et nous continuerons à porter cette urgence.

L’urgence elle est aussi pour les services publics et la fonction publique elle-même. Bien évidemment chacun a en tête les suppressions de postes et leurs conséquences tant pour les missions et la qualité du service public que pour les personnels eux-mêmes. A cet égard il est plaisant de voir comment après que le Président de la République a lâché – à dessein ou par maladresse, peu importe – les mots « titularisation progressive » les ministres, qui savent combien cela est incompatible avec la politique de l’emploi public qu’il mène, rament pour en limiter la portée, allant même jusqu’à suggérer qu’il s’agirait de transformer certains CDD publics en CDI de droit privé ! Qu’ils se rassurent les mots du président ne sont pas tombés dans l’oreille d’un sourd, la FSU qui depuis longtemps se bat pour la résorption de la précarité. est bien résolue à faire en sorte que la parole présidentielle en ce domaine soit prise à la lettre.

Suppressions de postes donc qui apportent leur pierre à la construction de cette masse de chômeurs et de précaires qui s’étend et se ramifie dans toute notre société. Mais la menace est aussi dans la conception même des services publics, de leur rôle, de leurs missions, de leurs principes de fonctionnement. Il y a quelques jours, lors de ses vœux, Eric Woerth se gaussait de ceux qui dénonceraient à tout bout de champ la RGPP. Certes nous devons nous garder des amalgames et ne pas brandir un sigle comme explication universelle de tout ce qui arrive de mal. Il n’en reste pas moins que se développe une politique décidée de la façon la plus antidémocratique qui soit par des hauts fonctionnaires associés à des cabinets privés qui ne rendent des comptes à personne d’autre qu’à quelques membres de l’exécutif. Cette politique elle a comme principes directeurs la contraction des missions, la remise en cause des professionnalités et des spécificités, l’externalisation, la privatisation et la mise en concurrence systématique des services et des individus.

Et la rhétorique du « faire mieux avec moins » qui sert à la promouvoir recouvre en réalité une casse de la qualité et de l’efficacité des services publics.

On ne cesse de nous dire qu’il faut réformer mais quand on interroge les Français ils répondent massivement qu’ils sont satisfaits de leurs services publics et expriment leur rejet des réformes en cours. C’est ce que montre le baromètre que nous avons commandé à l’Institut Viavoice et rendu public le 21 janvier : 65% des personnes interrogées sont opposées à la réforme de la Poste (confirmant ainsi la votation citoyenne), 63% opposés aux réformes dans le domaine de la Santé, 61% aux réformes en matière d’Education, d’enseignement supérieur et de recherche, 59% à la réforme des collectivités locales : un beau tir groupé qui confirme tout ce que nous savons par ailleurs. Et pourtant du côté du gouvernement on continue, on amplifie, on accélère (comme pour la réforme des lycées) un peu comme pour ces malades qu’il faut forcer à boire leur potion pour leur bien. En fait on peut se demander s’il ne s’agit pas de tout faire pour créer le sentiment d’une situation irrémédiable, sur laquelle il sera impossible de revenir pour imposer comme sur la plupart des autres sujets l’idée qu’il n’y a pas d’autre alternative. Je pense que de cette urgence et de ce contexte nous devons tirer au moins deux conclusions : d’une part ne pas renoncer à lutter, ne pas nous laisser piéger et la journée du 21 janvier montre avec ses limites que les possibilités de mobilisation existent ; d’autre part mener résolument avec d’autre forces, syndicales, politiques, associatives, une campagne de fond, un débat d’idée sur les services publics, leur rôle, leur intérêt, ce qu’il sont et ce qu’ils doivent être pour mieux répondre aux besoins, pour être plus démocratiques : non seulement ce n’est pas contradictoires avec nos luttes contre les régressions mais c’est un élément indispensable de la crédibilité et de l’efficacité de ces luttes. De ce point de vue la campagne des Etats Généraux des Services Publics est porteuse de grandes potentialités à condition que nous le fassions vivre et j’appelle ici tous les militants de terrain à s’en emparer avec ambition.

Je veux ajouter une chose : les Services Publics sont aussi les garants de la laïcité et dans leur remise en cause on peut voir aussi une articulation avec les discours du Latran et de Ryad. Regrettons que le mouvement laïque n’ait pas su trouver les moyens d’une réponse vraiment unitaire et que certains aient préféré la division. Cela dit, la FSU continuera à rechercher cette unité.

Et je dirais volontiers les mêmes choses en matière d’Education, d’Enseignement Supérieur et de Recherche. Il nous faut bien percevoir le sens de ce qui en train de se construire ou plutôt de se déconstruire à travers les multiples pseudo réformes qui sont autant de régressions.

Je vois tel ou tel vitupérer contre la suppression de la sectorisation en y dénonçant à juste titre une menace gravissime et en même temps se dire qu’il peut y avoir du bon dans une réforme des EPLE qui accroît l’autonomie et le pouvoir des hiérarchies locales. Mais justement suppression de la sectorisation et autonomie accrue aujourd’hui vont de conserve pour amplifier la concurrence dans les services publics et accentuer sa désagrégation.

J’entends tel ou tel dénoncer à juste titre les suppressions de postes et en même temps rechigner à combattre une réforme des lycées qui est faite entre autres pour pouvoir encore mieux supprimer ces postes.

En disant cela je ne dis pas qu’il n’y a pas des contradictions, des prises en compte parcellaires des revendications que nous portons, des avancées partielles possibles. Au contraire : il faut jouer sur les contradictions, acter les avancées et se donner pour objectif de les conforter, d’autant plus que nous ne saurions être les thuriféraires du statu quo, d’autant plus que le système éducatif aujourd’hui a besoin d’une nouvelle dynamique, d’une ambition d’une tout autre ampleur. Mais sans caricaturer, le mouvement syndical et plus généralement les forces attachées à un service public d’éducation démocratique ont besoin de voir que l’orientation générale qui est mise en œuvre est caractérisée d’abord par le renoncement à un service public qui assure partout et pour tous une éducation de qualité, qui garantisse une formation répondant aux besoins de la société et des individus, l’accès à des qualifications reconnues. Elle est caractérisée par l’abandon de toute velléité de lutte contre les inégalités au profit d’une « égalité des chances » conçue simplement comme le moyen de masquer et rendre acceptable cet abandon.

Derrière la réforme Darcos de l’école primaire, derrière la suppression de la carte scolaire, derrière la réforme des lycées professionnels et maintenant celle des lycées, derrière une réforme de la formation des enseignants qui nie qu’enseigner est un métier qui s’apprend, derrière l’abandon du collège, derrière la déshérence de l’éducation prioritaire, derrière la loi L.R.U et la mise en cause de la façon dont se construisent et se transmettent les savoirs dans une démarche d’intérêt général c’est toute cette orientation que l’on peut voir.

Là encore nous ne devons pas renoncer à lutter mais en même temps nous devons articuler nos luttes avec un travail d’explication, de « pédagogie » de nos revendications et de propositions alternatives. Je pense en particulier que nous avons à remettre sur ses pieds un débat éducatif brouillé par les fausses oppositions entre prétendus « républicains » et soi disant « pédagogues » alors que la vraie opposition réside entre ceux qui veulent que l’école se donne tous les moyens d’assurer la réussite de tous et ceux qui ont fait des choix qui reviennent à conforter les inégalités et en renvoyant les causes de l’échec scolaire aux dons, aux talents ou à un travail dont on n’interroge jamais le sens.

Nous devons donc encore mieux faire le travail d’explication et de décryptage mais aussi nous devons, en dépit des difficultés, en dépit de la force des attaques qui provoque légitimement un réflexe défensif, être force de propositions. Il y a quelques jours un journaliste me demandait quels étaient mes regrets au moment de quitter mes responsabilités, j’ai répondu que parmi eux figuraient celui de n’avoir pas été assez en capacité de développer une campagne positive de propositions pour l’école. J’émets le vœu que nous soyons capable de le faire, d’ouvrir les portes et les fenêtres et de dire, en dépit des attaques, que nous croyons en l’avenir du service public d’éducation, que c’est un enjeu qui concerne chacun et que nous pouvons et devons le transformer, lui donner un nouvel élan à tous les niveaux, dans tous ses secteurs. Soyons confiants dans l’avenir de l’école publique, faisons partager cette confiance, portons l’ambition, ouvrons les champs des possibles C’est peut être le meilleur moyen de lutter.

Je tiens dans ce rapide tour d’horizon à parler des questions de droits et de libertés, parce que c’est la tradition de la FSU que d’en faire un élément de sa démarche syndicale et parce que pour beaucoup d’interlocuteurs la FSU est perçue comme une référence en ce domaine et que nous pouvons en être fiers. Je ne ferai pas la longue énumération des remises en cause et des régressions que nous combattons en ce domaine mais je tiens à en relever quelques grandes orientations. C’est ainsi que nous devons nous préoccuper de la tendance à chercher à criminaliser ou pénaliser l’action revendicative : nombre de nos militants en sont victimes ; je pense par exemple à notre camarade de la Manche, Pascal Besuelle condamné en première instance et à qui je réitère notre soutien ; mais il ne s’agit pas que des militants de la FSU, dans de multiples secteurs, militants associatifs, syndicaux, citoyens sont poursuivis, sanctionnés avec zèle ; nous ne partageons pas toujours leurs engagements ou leurs choix d’actions mais nous avons à être solidaires contre la répression et nous le sommes comme nous n’avons cessé de le manifester.

Je ne m’étendrai pas sur la surenchère sécuritaire à laquelle nous sommes confrontés aujourd’hui mais je tiens à souligner sa gravité et ses dangers : au nom d’une conception de la sécurité particulièrement discutable on fait courir des risques considérables aux libertés individuelles et collectives mais aussi à la cohésion sociale. Là encore nous avons à lutter mais nous devons le faire non seulement à partir d’une conception élevée des droits mais aussi en contestant l’efficacité réelle de ces politiques : il n’y pas d’un côté les « angéliques » et d’une autre les réalistes responsables : il y a une surenchère sécuritaire dont le principal objet n’est pas d’assurer la sécurité mais de se nourrir elle-même et dont les finalités sont bassement politiciennes ; il y a des politiques qui esquivent les vraies solutions de fond et qui préférant toujours plus de répressions plutôt que l’éducation alimentent encore plus les phénomènes qu’ils prétendent combattre. Entendons-nous bien : nous ne disons pas qu’il ne doit pas y avoir de sanction dès lors qu’il y a crime ou délit, que la police et la justice ne doivent pas faire leur travail mais justement leur travail ce n’est pas ce que les politiques actuelles exigent d’elles. Il me vient parfois à l’esprit un texte de Voltaire que j’ai fait autrefois étudier à des élèves et qui dénonçant la surenchère des sanctions à son époque dit à peu près : si vous poursuivez ainsi vous en viendrez un jour « à brûler un boulanger dans son four pour avoir vendu son pain à fausse mesure ». Ne laissons pas ces politiques se parer des vertus de l’efficacité car je suis convaincu que ce sont nos valeurs qui ont la vraie efficacité, celle de l’éducation et celle des droits.

Dans un tel contexte je ne saurais ne pas parler des questions relatives aux immigrés ; à cet égard l’affaire de cette centaine de kurdes débarqués en Corse me paraît emblématique : on affecte de s’apitoyer sur leur sort, on parle de malheureux, on dénonce les criminels qui exploitent leur misère et la première chose que l’on fait c’est de les priver, eux, de leur liberté au mépris du droit. Le fait que la justice les ait tous libérés n’enlève rien à la démarche au contraire : l’immigration clandestine serait un tel danger que la première mesure à prendre ne serait pas de protéger ces immigrés mais de les traiter au mépris des droits les plus fondamentaux ! Quelle vision de l’immigration ? Quelle vision du monde et des échanges ? Quelle ignorance de la réalité lorsque l’on prétend nous protéger d’un prétendu « appel d’air » par des mesures soi disant sécuritaires ! Comment peut-on sérieusement penser que dans un monde marqué par les inégalités, par les conséquences du changement climatique mais aussi par la mobilité et les échanges on puisse efficacement traiter la question des migrations en élevant des murs ? Les seuls qui y ont à gagner ce sont ceux qui font commerce des trafics en tout genre et ceux dont le fond de commerce est la xénophobie.

Et c’est bien évidemment dans ce contexte qu’il faut interpréter le fameux débat sur « l’identité nationale » ; j’ai encore entendu récemment certains défendre l’intérêt d’y participer en invoquant la nécessité de débattre sans tabou et d’y porter une conception positive de cette identité. C’est oublier que précisément le sens de cette opération n’est pas de traiter la vraie question qui est celle du vivre ensemble dans notre pays, quelle que soit d’ailleurs sa nationalité, mais de postuler qu’il existe une identité « naturelle » opposée à d’autres identités dont la place serait ailleurs. C’est tomber dans le piège d’une opération politicienne qui cherche d’abord à jouer sur les peurs en esquivant les vrais débats sur les questions qui gangrènent notre société, notamment celles des inégalités, celles des discriminations et aussi de la tentation xénophobe.

Je veux ici souligner l’importance de la bataille des travailleurs sans papiers en grève, bataille dont la FSU peut être fière d’être partie prenante : leur slogan « on bosse ici, on vit ici, on reste ici ! » affirme une revendication profondément juste qui interpelle toutes les politiques actuellement menées. Rien d’étonnant à ce que cette lutte soit dure, que du côté du gouvernement on résiste le plus possible, que l’on cherche à tout prix à l’occulter. Mais pour nous, même si elle semble un peu à l’écart de notre champ d’intervention ce n’est pas seulement une question de solidarité : elle est indissociable de celles dans lesquelles depuis des années nous nous sommes engagés pour les élèves et jeunes sans papiers et leur famille et nous devons tout faire pour qu’elle aboutisse.

Après ce très rapide tour d’horizon de la situation et des politiques auxquelles nous sommes confrontés je voulais en venir aux mobilisations nécessaires pour les faire changer et aux instruments de ces luttes.

L’an dernier dans la même période nous connaissions une mobilisation rarement égalée dans notre pays, à l’appel d’un intersyndicale large et avec une plate forme certes parfois générale mais particulièrement ambitieuse en ceci qu’elle entendait proposer d’autres réponses à la crise. Ce mouvement était porteur d’espoir. Il intervenait alors que les mobilisations contre la politique de Xavier Darcos, mobilisations nées d’abord des initiatives de la FSU, bousculaient cette politique. Dans le même temps les Universités et la Recherche confrontées à la mise en œuvre de la loi LRU et à une réforme imposée et régressive de la formation des enseignants se lançaient un mouvement dont l’ampleur allait être historique. Force est de constater qu’en dépit d’une nouvelle journée de mobilisation encore plus puissante en mars cette mobilisation interprofessionnelle allait s’effilocher en juin après quelques inflexions et concessions gouvernementales mais sans résultat à la hauteur des attentes. Nous avons tous eu du mal à articuler luttes sectorielles et luttes générales et la FSU de ce point de vue n’a pas échappé à cette faiblesse, notamment avec le conflit à l’Université. Mais surtout, malgré des propositions que nous avions faites et dont nous n’avons pas à rougir, les différences d’appréciation sur la stratégie et en particulier sur l’articulation entre luttes et revendications, les différences d’intérêts d’organisation (nées entre autres des craintes de certains pour leur avenir devant les nouvelles règles de la représentativité), la politique gouvernementale cherchant à la fois la mise devant le fait accompli et la division du front, tout cela a empêché l’intersyndicale de construire une stratégie dynamique et a abouti à ce qui a été vécu comme un échec en juin. Certains qui ont proclamé leur volonté de lutte résolue et de grève générale pour mieux refuser toute action commune portent sans nul doute une lourde responsabilité et de son côté la FSU peut se vanter d’avoir fait, avec d’autres des propositions constructives mais le résultat est là et il a pour première conséquence une difficulté nouvelle à mobiliser dans la période. Il faut toutefois mesurer les conséquences de l’attitude du gouvernement martelant qu’il ne bougera pas parce qu’il n’y pas d’autre solution et celles de la dégradation de la situation qui n’ont pas peu contribué à cette situation. La situation cependant doit nous interpeler.

Je voudrais justement dire quelques mots de ce que nous apprend le baromètre Viavoice, non pas parce que ce seraient les sondages qui devraient guider l’action syndicale mais parce qu’il nous donne des indications, des éléments d’analyse qui se recoupent avec ce qui nous revient du terrain. Les français et la salariés sont largement d’accord avec nos motifs de lutte : ainsi 63% des personnes interrogées trouvaient justifiée la journée du 21 janvier et je ne rappelle pas les chiffres que j’ai donnés plus haut sur les réformes ; ils font encore confiance au mouvement syndical mais on constate une perte de confiance dans l’efficacité des mobilisations et une baisse de la volonté d’agir.

Nous devons y être très attentifs et en même temps voir que le potentiel de mobilisation existe : le mouvement dans les DOM et singulièrement en Guadeloupe a montré comment quand on réussit à rassembler et se donner les moyens de durer on peut remporter des succès significatifs ; avec leurs limites la grève fonction publique du 21 janvier et encore mieux la manifestation pour l’ éducation montrent de leur côté que dès lors que l’on prend ses responsabilités il y a un socle de mobilisation et il peut grandir (voir les évolutions positives entre le 24 novembre et le 21 janvier). Mais le défi est d’aller au delà et de rassembler largement sur la durée, condition indispensable pour gagner. Nous avons la responsabilité de tout faire pour cela sinon c’est le syndicalisme français dans son ensemble qui en paiera le prix et l’on aura beau dire : « ce n’est pas notre faute, c’est celle des autres » on sera aussi touchés par cette impuissance. La question est souvent posée : n’a-t-on pas accordé trop d’importance à l’unité au détriment même de l’efficacité ? Ne doit-on pas s’y prendre autrement et donner la priorité aux mouvements même dans des configurations réduite ? Je pense que c’est mal poser le problème.

Nous venons de montrer, je l’ai dit, que nous étions capables de prendre des décisions d’action malgré l’absence d’unité large et nous avons prouvé qu’une part non négligeable des personnels répondaient à l’appel. Mais ce qu’apporte l’unité syndicale large c’est une plus grande légitimité et une plus grande crédibilité aux décisions, de mobiliser largement au delà de ceux qui se reconnaissent généralement dans notre syndicalisme. Et c’est encore plus vrai au plan interprofessionnel si l’on considère notamment ce qu’est la réalité de l’implantation syndicale dans les entreprises. Si nous sommes attachés à l’unité ce n’est pas seulement parce que notre U signifie Unitaire c’est parce que les salariés y sont attachés et que c’est un facteur extrêmement important de réussite. Cela ne signifie ni que pour rechercher l’unité nous devons mettre sous la table nos revendications ni que nous devons nous laisser bloquer dans nos décisions. Mais y compris lorsque nous prenons nos responsabilités seuls nous devons le concevoir comme un moment de construction d’un rapport de forces qui peut contribuer à construire l’unité sur de meilleures bases. Et si la manifestation du 30 ou la grève du 21 peuvent donner l’exemple, faire réfléchir, montrer les possibilités et les revendications et ainsi permettre à ce que la réunion intersyndicale interprofessionnelle prévue la semaine qui suit notre congrès nous ne pourrons que nous en réjouir et en profiter.

Et en même temps il faudra collectivement avec les autres organisations tirer les leçons de ce qui s’est passé l’année dernière pour, au delà des différences et des divergences entre organisations, trouver les points communs qui permettent de rassembler d’une façon où chacun se retrouve : cela ne signifie pas rechercher le PPCD revendicatif mais construire une plate forme et un dispositif d’action où chacun puisse se reconnaître sans renier ce qu’il est ou pense et surtout qui corresponde bien aux attentes et à l’état d’esprit des salariés eux-mêmes.

Au-delà de cette problématique de l’unité se pose celle du devenir du mouvement syndical français et de la place de la FSU. Ce sera un des grands sujets de débat au sein de ce congrès. Je souhaite en rappeler les termes.

Dès sa création la FSU a exprimé son souhait d’apporter sa contribution à l’unification du syndicalisme en recherchant des formes inédites pour celle-ci ; et à quasiment chaque congrès elle s’en est préoccupée, faisant des propositions qui n’ont pas eu l’écho escompté, - je pense par exemple aux CLUI proposés il y a 9 ans - Elle a simultanément choisi de mener la bataille pour un renouvellement des règles régissant et organisant le syndicalisme afin de redonner aux salariés eux-mêmes le droit de décider librement de ceux qui les représenteraient en lieu et place d’une représentativité octroyée. Nous avions l’idée que donner la main aux salariés serait un moyen de redonner de la confiance dans le mouvement syndical et de favoriser l’unité.

C’est cette bataille que nous avons menée ces dernières années, depuis que le conflit du CPE avait contraint les gouvernements qui se sont succédé à ouvrir le dossier. Elle a abouti dans le privé, par une négociation où nous n’avons pas participé, à un nouveau dispositif sans doute imparfait et incomplet mais qui donne aux salariés le choix et l’on peut voir qu’ils font souvent de bons choix, comme c’est le cas à Pôle Emploi. Dans la Fonction Publique où la FSU, l’UNSA et Solidaires ont été partie prenante de la négociation le résultat est encore plus positif – c’est peut être une des raisons pour lesquelles le gouvernement tarde tant à faire voter la loi d’application des accords dits de Bercy mais justement les choses bougent en ce domaine et le rapporteur désigné vient d’achever son rapport.

Qu’apportent ces nouvelles dispositions ? Des possibilités d’intervention accrue des salariés et des droits nouveaux. Mais ils ont aussi pour conséquence que chacune des organisations syndicales est conduite à s’interroger sur son avenir, sur ses alliances, sur sa stratégie.

Entendons nous bien : la FSU ne conduit pas ce débat parce que les nouvelles règles la menaceraient : elles sont au contraire de nature à la conforter dans l’ensemble de la Fonction Publique. Si j’ai rappelé que nous nous étions dès le début posé ce genre de questions c’est parce que les raisons en sont de fond : la dispersion du mouvement syndical est dommageable pour tous et d’abord pour les salariés, les questions à traiter impliquent de rassembler salariés du privé et salariés du public, de dépasser les barrières et d’échanger pour construire des propositions et des revendications convergentes à partir de points de vue différents. Et les politiques auxquelles nous sommes confrontés, les enjeux sociaux, environnementaux, humains sont tels qu’il y a encore plus urgence. Mais notre chance est qu’aujourd’hui tout le monde est obligé de se préoccuper de cette question, entre autres parce que les nouvelles règles font que les situations acquises peuvent ne plus l’être.

Ce débat nous devons l’aborder avec le souci de la démocratie : pas d’opération bureaucratique ; ce sont les syndiqués qui doivent avoir le dernier mot. Nous devons aussi le faire sans prendre de décision hâtive mais en nous donnant les moyens d’avancer, de faire bouger les lignes. Nous devons veiller à préserver ce qui fait la force et l’intérêt de notre syndicalisme en étant fidèles à nos valeurs, à nos conceptions. En même temps nous ne pouvons pas jouer petit bras, fermer trop vite le champ des possibles, ne décider a priori que de travailler avec ceux qui nous semblent les plus proches parce que nul ne sait les évolutions à venir dans le paysage. Autant il est essentiel de ne pas considérer que tout se vaut dans le syndicalisme français et d’être clair sur les valeurs et les principes sur lesquels construire, autant il serait faux et inefficace de réduire le mouvement syndical en camps ou en blocs irréconciliables. Il ne faut pas oublier que les diverses organisations du paysage syndical correspondent aux débats que les salariés ont en leur sein et si on a raison de penser que nos choix sont bien meilleurs que d’autres cela ne signifie pas que ces derniers sont purement artificiels et surtout qu’ils ne varieront jamais. Je pense que le débat des jours à venir devra en tenir compte.

Et la FSU elle-même ? Je ne saurais terminer sans en dire un mot.

Je crois qu’incontestablement la FSU a vu son assise confortée ces dernières années : après les résultats des élections enseignantes, après notre implantation dans la FPT, les résultats du SNU Pôle Emploi viennent confirmer que le syndicalisme dont nous nous réclamons, son inscription dans les champs professionnels, son souci de conduire des luttes en prise avec les salariés mais aussi d’acter des résultats, sa volonté d’unité, tout ceci porte des fruits en matière de représentativité et donc de capacité d’intervention. Je pense qu’elle est installée comme une force reconnue dans le paysage social français ; cela tient à sa capacité de mobiliser dans ses secteurs de responsabilité et singulièrement dans l’Education, cela tient aux enjeux pour la société des domaines où elle est implantée, mais je crois que cela tient aussi à sa recherche de la synthèse et de la convergence dans une organisation pluraliste et à sa capacité à faire ce même travail entre organisations syndicales. Cela tient aussi à sa volonté permanente de travailler avec d’autres forces du mouvement social.

Quelle que soit la satisfaction que l’on puisse tirer de ce constat il ne saurait suffire et nous avons besoin de nous pencher sur les améliorations à apporter à notre fonctionnement, à nos modes de travail, à notre structuration, à la fois pour corriger nos faiblesses mais pour nous adapter aux besoins nouveaux liés aux évolutions mêmes de la Fonction Publique et des Services Publics. Ce sera un des débats que nous mènerons dans le cadre du thème 4. Je pense que comme pour les autres questions il est essentiel que nous le menions dans le respect de ce que chacun est ou pense et en restant fidèles à nos principes fondateurs. Ce qui doit nous guider dans ces débats c’est encore une fois la recherche de la synthèse, c’est à dire de solutions où chacun puisse se reconnaître et qui nous fassent avancer aussi loin qu’il est possible de la faire ensemble. Si nous faisons ainsi, comme nous l’avons toujours fait avec efficacité, je pense que nous pouvons être optimistes pour l’avenir.

Pour conclure je voudrais tenir quelques propos plus personnels. Ce congrès marque la fin de mon troisième et denier mandat comme secrétaire général. Vendredi le CDFN se réunira pour élire une nouvelle secrétaire générale. Lorsque j’ai été élu en 2001 je m’étais dit « in petto » : « Gérard, on va voir si tu peux tenir trois ans ». Ayant fait trois fois trois ans je pense que j’ai vu. Je quitte ces responsabilités avec émotion car j’y ai consacré neuf ans de ma vie, une bonne partie de mes jours ont été occupés et quelques nuits aussi, la FSU a été dans mes rêves ou mes insomnies. Avec émotion aussi parce que je me sens viscéralement attaché à notre fédération et à ce qu’elle représente. Avec émotion parce que ce fut gratifiant, enrichissant et au bout de ces 9 ans je ne suis plus tout à fait le même, pas seulement parce que mes cheveux sont plus gris : j’ai beaucoup appris, j’ai rencontré beaucoup d’hommes et de femmes divers et passionnants, j’ai beaucoup reçu d’idées et d’amitié, j’ai accumulé des expériences. Avec émotion et un peu de soulagement car la tâche est lourde et je dois avouer que la notoriété n’est pas toujours si facile à porter. Et j’ai envie de continuer ce à quoi j’ai consacré l’essentiel de ma vie adulte sous d’autres formes, avec d’autres rythmes.

Je suis convaincu qu’il n’est bon ni pour soi ni pour les organisations de rester trop longtemps ; et autant je pense qu’il ne faut pas se donner des règles statutaires rigides en ces matières autant je pense qu’il faut faire preuve de volontarisme.

Je le fais d’autant plus volontiers qu’une relève est possible.

Je voudrais donc d’abord dire merci ; merci à la petite équipe de salariés et de militants du siège qui fait que la FSU fonctionne, avec une mention toute particulière pour Eliane, cheville ouvrière aussi dynamique qu’efficace, merci à tous ceux qui font vivre les secteurs, merci à tous les militants car notre fédération est d’abord un collectif qui existe parce que partout des centaines de militants la font vivre en donnant de leur temps et de leur énergie, parce qu’ils y croient ! Merci et bravo à tous.

Je veux aussi vous dire toute ma confiance, confiance en Bernadette qui va me succéder, confiance en nos collectifs, confiance en notre syndicalisme : nous avons des défis à relever, nous avons la capacité de le faire.

Et je voudrais vous demander de me faire un grand plaisir et de vous le faire en même temps : faites-moi, faisons-nous un bon congrès, un congrès intelligent, ambitieux, ouvert, un congrès qui me donne des regrets, un congrès à la hauteur de ce que nous voulons être.

 

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